Prendre le thé, c’est avant tout une occasion de s'arrêter. Un moment dans lequel la rencontre, le plaisir et le partage priment avant tout. L’esprit du lieu ajoute à chaque fois une saveur toute particulière à l'aventure. Ces carnets veulent inciter au plaisir de la découverte et de l’amitié.

mardi 1 février 2011

Chez Frigolo ou une visite du Village sur glace de Roberval

Seuls les mois d’hiver ont le secret de ce soleil radieux qui inondait samedi dernier  le Lac-St-Jean.  Étendue immaculée de glace et de neige, on voit à peine de l’autre côté tellement s’étire cette banquise.  Et comme la semaine dernière, le froid et janvier ne seront pas un prétexte suffisant pour nous empêcher de pointer le nez dehors! Destination: Le village sur glace de Roberval



Après 1h30 sur la route, Frigolo, rigolo pingouin et mascotte du village nous souhaite la bienvenue en son royaume. La sympathique mairesse du village, quant à elle, nous donne toutes les informations nécessaires afin de nous orienter dans sa communauté de 310 chaumières. La rue principale de ce village éphémère : une boucle de près d’un kilomètre pour laquelle la voirie a troqué la traditionnelle gratte et sa sableuse assortie pour la zamboni.


Tandis que certains chaussent lames à leur pied, d’autres préfèrent encore la stabilité des bottes à la vélocité des patins, hantés par quelque souvenir peu glorieux d’un gros bleu, résultat d’une expérience de patinage précédente…

Quelques kilomètres plus tard, le corps réchauffé par l’exercice, le nez rougit par l’air tonifiant du lac, c’est la pause. On se pose, là, juste là, devant tous, sur la place du village, en face de la mairie.  La technique est au point, le matériel l’est tout autant, avec en bonus pour cette escapade jeannoise, la seule et unique tarte aux bleuets du Lac-St-Jean… Le thé choisi, le Hojicha Shizuoka de chez Camélia Sinensis provient du Japon et son arôme fumée nous réchauffe à la manière d’un feu de camp.

La vue de cette joyeuse bande que nous sommes attire les regards, les enfants, et Frigolo!  Il revient à la charge et notre patineur de vitesse le saisi  pour un programme extra-court de patinage artistique. La mascotte dans les bras, notre rouquin patineur est fier de son coup, mais dépose rapidement la bête qui devait bien peser dans les 75 kg…  


Dans le cas de la mascotte, on se demande encore si l’intérêt n’était pas purement et simplement la tentation d’une délicieuse pointe du dessert aux petits fruits… Mais plus tard une femme vêtue de bleu s’avance, on s’attend à une réprimande. Prêts à ramasser nos pénates et à reprendre la route, nous attendons la douche froide. ''Bonjour, on vous regarde depuis tantôt et on voulait vous dire... On vous trouve géniaux! ''  de nous lancer madame la mairesse qui vient en personne nous faire part de son admiration ! 

Le cœur réchauffé par ces commentaires et le corps par le thé, on s’active de nouveau, pour quelques tours de piste supplémentaires, grisés par la bonne humeur, la beauté de l’endroit, le soleil radieux et la bonne compagnie.

Rédaction: Étienne Landry-Désy & Catherine Doucet.

mercredi 26 janvier 2011

Thé glacé

"Mon pays, ce n'est pas un pays, c'est l'hiver" disait Vigneault.

Réaliste, il a vu juste, une fois de plus. Son pays, MON pays, c’est en même temps l’émerveillement du printemps, la douceur complice de l’été, l’odeur chaleureuse de l’automne, la splendeur de l’hiver. Quatre saisons à vivre, quatre saisons à savourer, quatre saisons à apprécier…

Là-dessus, la splendeur de l’hiver et toute sa puissance, elle est aujourd’hui, elle est ici et maintenant. Cet hiver cru, sec, « frette ». -25°C au thermomètre, environ -45°C perçu sur la peau si on y enlève le soupçon de chaleur que vient insidieusement subtiliser le noroît. Dimanche, 20h, l’heure où le monde s’arrête, l’heure où on se blottit sur le canapé, sous la couette ou devant le foyer. L’heure où deux joyeux lurons, attirés par le mystère du froid, tentent une expérience hautement scientifique :

« Combien de temps faut-il pour geler en une glace un thé fraîchement infusé?!? »

Ledit thé s’est prêté au jeu sans trop rechigner. Habits de circonstances et frontale ont complété l’attirail habituel dans cette épopée nous menant au pied de la croix St-Anne, à Chicoutimi-Nord. Belvédère au point de vue imprenable sur Chicoutimi qui nous dévoile sa plus belle robe sous les étoiles, point le plus élevé (et sans doute le plus froid!) du secteur. Le site idéal pour cette pause surréelle.

Protégée du vent par le socle de granit du monument, l’eau a tôt fait de bouillir tandis que nous découvrons et apprécions les lieux. Quiétude et violence s’y côtoient agréablement, entre la poésie de ce centre-ville figé se déployant à l’est et la brutalité de la bourrasque qui dévale le Saguenay depuis l’ouest. 5 minutes de plus sont nécessaires à l’infusion du breuvage, et l’opération « congélation » débute…

Pendant que nous nous empressons de boire une tasse qui tiédit à vue d’œil, deux gobelets d’étain remplis de thé bouillant ornent la base de la croix. Exposés à la convection de cette fraîche soirée de janvier, ils ne mettront qu’une douzaine de minutes à chuter de plus de 110°C, passant du point d’ébullition à une masse gelée…

Et nous voilà hébétés, surpris par l’efficacité et la rapidité de notre procédé de congélation… On devait s’arrêter, avoir le temps de prendre le temps, attendre que ça gêle! Tant pis. Cette pause que nous attendions, réfugiés sous le vent, pendant que s’envolait la chaleur du thé, nous la prenons, peu importe.

Après tout, l’hiver n’est-il pas beaucoup mieux que l’été?!? Il est toujours possible d’ajouter un ou deux vêtements qui nous permettront d’affronter la froidure. Il est beaucoup plus difficile d’enlever des vêtements d’un corps nu lorsqu’on subit la moiteur estivale. Voilà pourquoi je préfère les extremums de janvier à ceux de juillet! Et je ne parle même pas des mouches…

Et pourtant, sommes-nous seuls à vouloir apprécier cette période où la nature repousse nos limites, nous approchant un peu plus du pôle? La voisine envie sa belle-sœur qui ne vit plus que pour son prochain voyage au Mexique - la chanceuse! - tandis que la radio enchaîne les succès « caliente » d’Enrique Iglesias, dans un déni total de ce qui fait de nous ce que nous sommes.

« Mon pays, ce n’est pas un pays, c’est l’hiver »

Le refus global de 1948 était cru, critique. De la société qui y est décrite aura émergé le Québec d’aujourd’hui, plus libre, plus grand, plus fort. Il demeure pourtant, enraciné au plus creux de notre âme collective, un autre refus global, social qui mine notre société comme un mal intemporel et qui lui n’a pas bougé d’un iota : L’HIVER. Sinistre. Imperturbable. Implacable. L’ennemi hostile, à abattre. Pourtant. Il était ici bien avant nous. Et réchauffement climatique ou pas, il fera encore -30°C le 23 janvier 2146.

Moi-même choqué par l’arrivée de la saison fraîche, nostalgique de l’hémisphère sud où je m’étais réfugié il y a un an, j’ai eu la chance de comprendre les burkinabés qui n’arriveront jamais à s’y faire… Il m’aura ainsi fallu quelques semaines pour me réapproprier l’hiver, réapprendre mon pays. Troquant tour à tour mes espadrilles pour des bottillons, puis des Sorel, remplaçant le veston BCBG par une doudoune dont la beauté est inversement proportionnelle à l’isolation thermique, j’annonce aujourd’hui que j’ai retrouvé mon hiver. Et je l’aime. Voilà.

Ce popsicle au thé (qui par ailleurs aurait tiré avantage d’un soupçon de sucre…), savouré couché dans la neige et le froid, emmitouflés sous les étoiles nous aura fait vivre l’hiver plutôt que le subir. Assumons notre nordicité, tels les scandinaves, faisons des nordiques de nous-mêmes et prenons le temps d’apprécier cette saison, certes la plus froide, mais aussi la plus belle…

« Mon refrain ce n’est pas un refrain, c’est rafale
Mon chemin ce n’est pas un chemin, c’est la neige
Mon pays, ce n’est pas un pays, c’est l’hiver »

mercredi 19 janvier 2011

Glögg au Village de la sécurité routière

Pour démarrer les activités 2011 de ce blog, voici le récit notre dernière sortie hivernale. Plusieurs copains souhaitaient depuis un petit moment participer à l'initiative-thé.

Quelques lurons en sortie.
Dans notre quête de repousser constamment les frontières de la Connaissance... des endroits les plus inusités en région, nous avons choisi d'aller "sentir" ce qui se passait au Village de la sécurité routière en hiver. Vous vous demander si le Village de la sécurité peut être considéré comme un endroit inusité ?

La réponse est claire : il n'y a qu'à y jeter un coup d'oeil à son côté kitsch par excellence, pour lequel la représentation d'un Saguenay-miniature risque un jour autant d’attirer les foules que la mini-Europe de Brussels. Et puis les mots nous manquent pour décrire le simulateur de collision et les souvenirs juvéniles, visiblement traumatisants, que chacun en conservait...

Poursuivons notre récit pour discuter de l'ambiance. Décembre, qui vient de se terminer, est avant tout une période de rencontres et de rassemblements. La tradition veut que l'on se regroupe en famille. Mais de nos jours la taille des familles n'est plus ce qu’elle était autrefois. À défaut d’avoir des dizaines de frères et de sœurs, nous nous regroupons avec nos frères et sœurs spirituels, que nous appelons La Troisième Famille.

Avec la Troisième (pour l'appeler par son petit nom), nous avons consacré un après-midi à patiner et visiter ce bucolique Village de la sécurité routière.

Malheur! La Troisième a un défaut: elle incite davantage aux vices. Pour l’occasion, nous avons fait une légère entorse à la Première Règle non-écrite du blog (qui ne le sera plus dès maintenant) : découvrir de nouveaux thés. Ainsi, plutôt que d'infuser notre thé dans de l'eau chaude, nous avons adapté la recette européenne du Glögg pour inclure au vin chaud une saveur complémentaire. Notre thé noir Golden Yunnan Imperial s'est retrouvé noyé dans un déluge d'alcool et d'épices aux saveurs festives: cannelle, orange, vanille. 


 

Merci à tous nos amis pour leur présence inconditionnelle.
C'est ce qui arrive lorsqu'on abuse du glögg!

Rédigé par David et Lana

vendredi 24 décembre 2010

Prendre le themps

- "Bonjour madame. Je vous invite à prendre un peu de temps et à partager le thé avec moi.
- Tu fais ça pour quoi?
- Juste parce que je trouve qu'on est un peu trop pressé et qu'on ne prend pas assez le temps de s'arrêter, surtout aujourd'hui.
- On a pas tous du temps à perdre.
- On a tous la même quantité de temps, c'est juste qu'on ne le prend pas tous de la même manière.
- Oui, mais visiblement on a pas tous des obligations.
- Vous êtes en vacances?
- Oui.
- Moi aussi, alors on peut prendre le thé ensemble, non?
- Je n'aime pas le thé.
- Ah!
- ...
- ..."


Je m'étais donné la mission d'inviter les gens à prendre une petite pause et de relaxer, un verre de thé à la main, au centre commercial, le jour avant Noël. Je me suis dit, c'est un jour de fête, je sors mon meilleur Gyokuro pour le partager!

Quelques uns étaient réticents, d'autres dubitatifs mais tous intrigués.

Seul avec les gens, ma petite table, ma théière Kyusu et mon petit thermos - mes amis photographes en mode furtifs - j'ai eu encore une fois la chance de pouvoir discuter avec des gens grâce au thé comme sujet d'approche. Et comme de raison, ça fonctionne toujours, mais jamais de la même manière, l'exemple du haut en témoigne.

Mais quoi qu'il en soit, j'ai eu l'opportunité de rencontrer des gens qui partageaient ma passion pour l'alimentation tandis que d'autres venaient de la belle région de Charlevoix. J'ai discuté avec eux de l'Acropole des Draveurs et de cuisine. Avec d'autres, j'ai parlé du changement de perception de la culture pour les gens et les besoins d'adaptation lors de changements impromptus dans une vie.

Il n'y a pas à dire, jamais je n'aurais pu partager tant d'information sans l'aide du thé.

Même si l'endroit était malgré tout un peu loufoque et bondé, l'expérience était tout à fait intéressante. Un centre commercial le 23 décembre pour y prendre le thé avec des inconnus; il y a tout de même de quoi être fier. Et puis, pas question de perdre les dernières infusions du Guykuro. Un dernier verre avec les amis avant de retrouver la famille pour Noël!

Joyeuses fêtes à vous également!

mardi 21 décembre 2010

Autour du T

La lettre T, ça fait penser à… thé, bien sûr! C’est la raison pour laquelle nous nous sommes retrouvés, en plein samedi matin, à prendre le thé dans les locaux de Radio-Canada à Chicoutimi avec Jean-François Coulombe, animateur de La fin de semaine est à 7 heures.


Chaque semaine, des invités sont regroupés autour de thématiques entourant une lettre de l’alphabet. Quoi de mieux, pour la lettre T, que d’inviter notre expert en thés, Jean-Benoît Fortin! David Jean l’a accompagné pour présenter le blog Thé et découvertes. Ils ont discutés des différentes sortes de thés, de la manière de le boire et ils ont été questionnés sur l’intérêt de faire un blog tel que le nôtre. Vous pouvez entendre l’intégralité de l’entrevue radiophonique ici.

Pour l’occasion, les participants ont bu un thé du Japon, le Kamairicha. Il a été choisi en raison de son court temps d’infusion (3 à 4 minutes) et de la basse température nécessaire de l’eau (85°C), ce qui facilitait la réalisation de la dégustation en studio.

Au cours de l’émission M. Coulombe a demandé à ses invités avec qui ils aimeraient prendre le thé. Certains invités et auditeurs souhaitaient prendre le thé avec un membre de la famille ou quelqu’un de célèbre. Pour ma part, j’aimerais bien prendre le thé avec Toshiaki Hamada, mon ancien professeur de clarinette, pour qu’il me parle, encore une fois, de son japon natal. Et vous, avec qui le prendriez-vous?

Finalement, merci à toute l’équipe de La fin de semaine est à 7 heures pour son accueil!

mercredi 8 décembre 2010

Bouli, une écharpe rouge et un sapin vert

Décembre. La frénésie des Fêtes commence à s'emparer de nous. Tout nous y force: campagne publicitaire, party de bureau, programmation télévisuelle, et j'en passe. Question de retrouver les sources de la magie, on a entrepris d'aller se cueillir un sapin, comme dans "le bon vieux temps".

En somme, plutôt que de fréquenter l'arrière-cour bitumée d'une grande surface, on a répondu à l'irrésistible appel du Père Noël, qui nous accueille pour la cause dans sa sapinière de Bégin

Le Père Noël nous accueille à Bégin

Mais gare à vous si vous pensez que le choix d'un sapin est facile et expéditif. Dans une sapinière, il y a beaucoup de candidats. Il faut faire un choix. Lequel aura la chance de trôner dans mon salon? Évidemment, nous avons entamé un long débat sur les caractéristiques du parfait sapin: pas trop maigrichon, pas trop long, tout de même majestueux, d'une coupe conique la plus naturelle possible. Finalement, le choix s'est fait tout naturellement.

Voici Bob le sapin, qui s'est présenté à nous. Tout enchanté par la rencontre: on l'a immédiatement coupé. 

Rencontre du troisième type avec Bob le sapin


Une infusion de thé nous a récompensé d'un tel exercice. Nous avons dégusté un thé vert wang zhong wang réserve spéciale. Ce thé vert s'agençait bien avec la température brumeuse, qui donnait l'agréable impression d'un séjour en montagne.  






Pendant que l'eau chauffait, on s'est fabriqué un Bouli le bonhomme de neige. On peut nous voir avec notre nouvel ami. Je sais, il n'a pas d'écharpe rouge...




Un tasse de thé avec notre ami Bouli

Nous ne pouvions pas terminer la sortie sans nous amuser un peu. En rafale, vous pouvez voir la scène de la mort de Bouli. On sent toute la tension dramatique de l'acte. 


Et la découverte du curling. Une théière encore chaude, sur la neige, adhérence zéro, voilà un nouveau sport national. 





Vous pouvez voir l'ensemble des photos ici

On apprécie particulièrement vos commentaires. N'hésitez pas à devenir membre de ce blog afin de recevoir nos nouveaux billets!

samedi 27 novembre 2010

La première neige, avec Jésus.

Il y a plusieurs premières neiges. La première que l'on voit tomber dans les Mont-Valins, la première neige fondante qui tombe délicatement en s'effaçant aussitôt et la première bordée, inattendue qui nous surprend au réveil. Elles sont toutes différentes, mais aucune n'a l'effet de la première bordée.

En se réveillant on ne sait pas ce qui se passe, mais une excitation nous habite déjà. Puis, en ouvrant les rideaux on se retrouve dans un nouveau pays, comme par magie. L'éclat de ce tapis blanc a même quelque chose de divin. Bref instant de méditation à propos de cette beauté.

Puis, c'est l'excitation qui reprend sa place, nous poussant à vouloir profiter le plus rapidement possible de cette première vraie neige. C'est à ce moment que le téléphone sonne. Nous prendrons le thé dans un endroit repéré précedemment.
À quelques mètres de la Pulperie, le lieu, qui surplombe l'arondissement Chicoutimi, est d'une blancheur immaculée. Vierge. Personne ne l'a encore visité, pas depuis la neige. Mais d'autres l'on marqué avant nous, comme vous pouvez voir sur la photo. C'est sur la roche marquée Jésus que nous avons, dans la plus grande précarité pris le thé.

Sept hommes, une femmes sur une seule roche, glissante de surcroît! On parie sur le nombre de personnes que peut supporter le monolithe, six courageux/ses y grimpent. Deux restent debout, le meilleur moyen de ne pas se geler le popotin. La vue est superbe, et le thé, comme à son habitude, sait nous réchauffer.
Un Chaï masala, blanc et latté comme la neige. Épicé, comme cette idée de se retrouver en hauteur.